Clin(s) d'oeil au cinéma

Publié le par JMLG

 

"De la photo au cinéma, du cinéma à la photo, quelle différence si ce n'est que l'un et l'autre  sont intimement liés à l'image... Dès lors, l'idée de cette rubrique m'est venue tout naturellement. Evidemment, vous n'y trouverez pas les infos sur le dernier film des frères Coen mais plutôt, comme son titre l'indique, un regard amusé et tendre sur le 7ème art." 

 

 

Une réplique qui tombe... à l'eau

 

Dans le film "Titanic", de James Cameron, il est une scène, alors que le paquebot est en train de sombrer, qui vaut d'être vue de par sa dimension involontairement cocasse...

 

Rose recherche Leonardo. Elle finira par le retrouver entravé en fond de cale. Evidemment, le paquebot prend l'eau... Le cadreur manque de se noyer à plusieurs reprises (là ! j'en rajoute un peu)... De dramatique, la situation vire au tragique... 

 

 

Titanic  

- Rose : "Pas de clef [pour ouvrir les menottes], y'a pas de clef."
- Leonardo : "Alors, écoute moi ! va chercher de l'aide auprès de l'équipage. Tu vas y arriver !"
Ils s'embrassent.
- Rose : "Je reviens vite !"
Elle s'éloigne...

 - Leonardo [menotté] : "Je t'attends ici !"

 

 

Une réplique à mettre sur le compte d'un scénariste facétieux ? Une version française pas forcément fidèle à l'originale ? J'opterai plutôt pour la deuxième hypothèse.

 

Ben oui, quand on tourne un film, chacun des plans est d'abord répété "à vide". Ce qui permet de régler les derniers détails : le jeu des acteurs, la position de la caméra, les éclairages, le placement du micro... et puis, si je m'étais appelé Leonardo Le Goff, forcément, je me serais rendu compte de l'incongruité de la réplique. Alors discrètement, afin de ne pas subir les foudres du dialoguiste qui est présent sur le plateau de tournage, je serais allé voir le réalisateur : "Heu ! James... ça colle pas la phrase... je suis enchaîné..." 

 

Un peu plus tard, Rose reviendra avec une hache de pompiers pour sectionner la chaîne des menottes. Nonobstant le fait que l'outil doit peser au moins aussi lourd qu'elle, c'est avec délicatesse et précision qu'elle accomplira sa tâche au milieu de ce chaos indescriptible...

 

Un réalisateur plus "trash", ou en tout cas moins délicat, ne se serait pas embarassé de fioritures : on aurait eu droit à un coup bien net et bien tranchant au niveau des poignets... Que les bras m'en tombent !

 

 

Raccord ? Pas si sûr...

 

Ce matin, mardi 23 novembre 2010, en parcourant le site Internet du journal Libération, j'ouvre une page consacrée au décès de l'acteur Julien Guiomar (une "gueule" et une voix comme on dit). L'article est accompagné d'une vidéo : un extrait du film "L'incorrigible " de Philippe De Broca.

   

Dans l'une des scènes, on voit l'acteur monologuer (intérieur/jour) puis sortir par la porte de la maison pour aller prendre place dans un fauteuil situé sur la terrasse en face de la fenêtre. Ce qui permet à la caméra de le suivre tout en restant à l'intérieur.

 

L'arrivée d'un personnage féminin (extérieur/jour) induit un changement de plan dans une même unité de temps, de lieu et d'action. Et là, surpise ! c'est pas raccord...

  

 

 Plan 1 (intérieur/jour)                                                Plan 2 (extérieur/jour) L'incorrigible - 2

  L'incorrigible - 1

 

 

Que s'est-il bien passé ?

 

Il est à imaginer que l'on s'approchait de la pause déjeuner et que toute l'équipe n'aspirait qu'à une seule chose : se sustenter... Dans sa précipitation, la personne préposée au script aura juste négligé de noter toutes les indications techniques nécessaires au bon déroulement du changement de plan...

 

Ces fameux raccords qui ne le sont pas toujours illustrent toute la difficulté du tournage d'un film. Les causes en sont multiples :
- Il y a parfois tellement d'éléments de décor, d'accessoires et de costumes que l'on oublie forcément le détail qui "tue" ;
- Le passage d'un plan en intérieur (studio) à un autre en extérieur (extérieur) ;
- Une erreur technique nécessitant de couper la fin d'un plan ou le début du suivant : "Ben oui, on n'avait pas d'autres prises...". Ce qui est moins plausible aujourd'hui avec le numérique qui permet de visionner un plan aussitôt après son tournage ;
- La copie d'un film qui casse à plusieurs reprises au même endroit. Si, si, cela m'est déjà arrivé... A force de couper et de recoller la pellicule, on fini toujours par amputer une scène.

 

Dans "50 ans de cinéma américain" (1), on peut lire notamment que "le plus mauvais cinéaste de tous les temps", Jr. Edward D. Wood, par "refus du raccord hollywoodien", n'hésitait pas à filmer une voiture qui se gare de jour et en faire sortir son occupant de nuit dans un "raccord plan sur plan".  

 

 

(1) "50 ans de cinéma américain" : Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier (Editions Omnibus)

 

 

 

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